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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 18:55
                                           
L'instant le plus délicieux d'un jour de janvier, ce n'est pas l'aube. L'aube est grise, froide interminable et cafardeuse. Ce n'est pas non plus l'arrivée du soleil, quand il y en a: c'est le moment le plus froid de la journée, et ses promesses sont souvent démenties une heure plus tard, quand des nuages venus d'on ne sait où, voilent le soleil et ramènent la grisaille. Ce n'est pas l'après midi, même si elle est lumineuse: la bise y règne despotiquement, et puis ses heures ensoleillées sont si brèves en cette saison.

Non le moment le plus délicieux d'un jour de janvier c'est le crépuscule. L'air est si calme, limpide et pur, transparent comme du cristal. Les distances semblent s'abolir. On toucherait du doigt la montagne d'en face. On discernerait les plus fines ramilles des chênes qui peuplent la colline d'en face.
Le coteau fauve se colore de vieux rose, puis en quelques minutes se teinte de mauve, puis de violet. C'est une féerie que cette transformation patiente mais inéluctable, ce changement tout en douceur, émouvant comme un adieu. Le ciel lui, accuse sa couleur, azure son bleu, se prépare à piquer, sur son écrin de velours, sombres, ses diamants d'étoiles.
Le silence règne. Il est palpable comme une étoffe. Il fait bloc. Seul le perce de temps à autre l'aboie lointain d'un chien ou les notes pétillantes d'un rouge gorge qu'étreint la mélancolie du soir qui vient.
Une graulhe attardée passe, voyageuse solitaire qui rame l'air consciencieusement .Elle file droit, d'un vol régulier, vers un but précis qu'elle seule connaît. Elle laisse tomber de loin en loin un cri nostalgique qui semble venu du cœur même de l'hiver.

Le jour s'enfuit. Mais avant de disparaître, il nous laisse un présent: ce soir il nous octroie une minute, ou deux, de plus que le jour précédent. Qu'est ce qu'une minute ou deux? Celles ci grignotées imperceptiblement sur la nuit, sont particulièrement précieuses. Chaque jour renouvelées, elles matérialisent l'ascension vers la clarté à laquelle nous aspirons tous. Il n'y a pas de doute: c'est en observant la tranquille progression de la lumière par les tristes jours de janvier, que les hommes ont inventé l'espoir.

                               
Crépuscule de dzouanvia.

Lou moumin lou ma délichou d'én dzour de dzouanvia, couéi pè l'aobà. L'aobà i grizà, fridà intérminèblà é cafardouzà. Couéi pè non pru l'arivadà de lou souléï, can i nio: couéi lou moumin lou ma fri de la dzournadà, é si promèssi son souvèn dimintidè younà ourà pliu tar, can de nuèdzi vingu de vonte sèbe ou, voèlon lou souléï é ramenon la grizayà. Couéi pè la tantéï (pranièrà), méme ch’i luminouzà: la bizà i rènia déspoticamin, é péï si ouri insoulayadè son che brèvi in akela sézu.
Non lou moumin lou ma délichiou d'én dzour de dzouanvia couéi lou crépuscule. L'ar i tan calme é piur, transparin couma de cristèl. Li distanci chèmblon s'abolir. Toutseryon dao de la montanio d'in fétchà. Dicèrneryao li pliu finè ramiyè deu tsèni ke peuplon la colèrà d'in fètchà.
Lou coutè fôve se colorè de vé roze, péï in caoki miniuti se tinta de môve, péï de vieulè. Couéi na fadariao ke kela transformachu pachièntà mé inèluctèbla, keu tsandzemin tout in doussourà, imouvan couma én adieu. Lou syè se, akiuza sa coulourà, adzurà son bliu, se prépara a pika, soubre son écrin de velour sombri, su diaman d'itièli. Lou chilinse rénia. I palpèple couma n'itofà.
Fa bloc. Su ou pèrça de tin z a aotre lou dzapamin luintin d'én tche ou li noti pétiyanti d'én roudze gordze qu'étrenïa la mélancolio d'én si cao vèn. Na grôlïà atardadà passa, voyadzouzà solitaïrà cao rama l'ar conchiènssiouzamin. Fila dri, d'én vol régulio, vé én bu préchi ke soulà counissa. Léssa tomba de luin in luin én cri nostaldjic cao chèmble vingu dao keur méme de l'uvar.
Lou dzour s'infudza (inseuva). Mé avant de disparètre, nou léssa én prézan: kite si nou octroia na miniutà, ou douaé, de ma ke lou dzour préchédin. De k’ i k'youna miniutà ou douaé? Keli tï griniotadè impèrsèbtiblamin soubre la néï, son particulièramin préchiouzà. Tsèc dzour renouvéladà, matérializon l'assinchu vé la cliarto a lakina nou aspirin trétu. Ou nio dji de doute: couéi in obsèrvan la trantchilà progréchu de la lucià (lumièrà) par li tristi dzouri de dzouanvia, ke lu z ouomi an invinta l'espoir.

Yves Fougerousse



Quelques conseils de prononciation ici

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Published by Jean Paul - dans Patois Forézien
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commentaires

Malela 13/02/2009 09:25

Tes aquarelles sont tout en finesse et en subtilité...Tres belles illustrations!

daltonien 11/02/2009 23:27

Chouette texte, joliment illustré !

Mahina 07/02/2009 09:24

sur la 3ème aquarelle, utilises tu du drawing colle?
J'aime ton travail!

Jean Paul 07/02/2009 20:48


non, uniquement de l'eau et des pigments.


Gi 06/02/2009 20:47

Connais-tu " les contes de Jean Piarre" de Roanne ? Magnifique livre de Patois Roannais du temps de mes grands parents. Mon frère ainé arrive très bien à nous faire vibrer en nous le racontant...

Jean Paul 07/02/2009 20:53


Je ne connais pas du tout ces contes.
Je ne comprends pas du tout le patois forézien non plus, seulement quelques mots et phrases que me disais ma grand mère.
J'ai aimé lire ces petites histoires de Yves Fougerousse, j'ai aussi aimé les illustrer. C'est pour ça que je les publie !!