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29 juillet 2006 6 29 /07 /juillet /2006 08:30

Village au fond de la vallée......

 

 A Saint  Denis sur Coise coule une rivière, et quelques dizaines d'années en arrière la Coise était poissonneuse. Sur son cours alternent les courants et les calmes appelés tournées quand le lit est barré par des levées d'où sortent des biefs qui alimentaient autrefois des moulins. On y pêchait la truite mais aussi tanches, goujons et vairons.

 C'était souvent le but de nos sorties dominicales printanières et estivales vers la fin des années 50. Levés de bon matin, chargés du pique nique et de tout le matériel de pêche, toute la famille  prenait la direction de la rivière. Les 5 km à pieds étaient avalés sans rechigner. Selon le coin de rivière prévu pour pêcher, l'itinéraire empruntait des "coursières" différentes, la Charentaine et la Gimond pour Saint Denis, les Roches et le Moulin Gariton pour aller à la "Tournée de la Chèvre" ou à la "Nouvelle Tournée". Aprés s'être installés à l'ombre, la partie de pêche pouvait commencer. Les enfants pêchaient la friture pendant que mon père partait seul, tranquille pour prendre quelques truites.

 J'aimais particulierement pêcher les "loges", petits poissons au corps cylindrique. Pieds nus dans l'eau, sans canne à pêche, équipé d'un morceau de fil de nylon armé d'un hameçon et lesté d'un petit plomb, le jeu consistait à présenter un petit bout de ver juste devant la bouche des loges qui peu craintives venaient nous caresser les orteils. Elles se jetaient sur leur proie et  on n'avait plus qu'à soulever le fil.

A Saint Denis la spécialité du boulanger était le pâté à la crème, gros chausson garni d'une épaisse couche de crème jaune, que l'on dévorait au goûter de 4 heures. Autres délices que l'on adorait, les "claquarés", fromages blancs bien frais ou bien encore ces fromages séchés que la paysanne enfermait dans une "berte" à la cave et qui devenaient rouges et crémeux aprés quelques semaines.

Le retour le soir était plus difficile, toujours à pieds. Je trouvais le chemin bien plus long et les côtes plus difficiles. A la maison il fallait encore nettoyer les poissons avant de se régaler de cette friture fraichement pêchée.

Aujourd'hui vairons, goujons, "loges" ont disparus de la rivière suite aux multiples pollutions subies, tant industrielles qu'agricoles. On ne pêche plus que les truites d'élevage lachées par la Gaule Chazelloise et des chevesnes qui plus résistants ont proliféré.

 

 

  Saint Denis en hiver.

Dans "Tendre Bestiaire", Maurice Genevoix amateur de pêche à la ligne a décrit  magnifiquement ce petit poisson devenu rare, le vairon.

"Ma plume faisait des ronds infatigables, prise d'une danse de Saint-Guy aberrante où l'oeil le plus averti eût été bien en peine de reconnaître un franc départ, un plongeon décidé, enfin ce qu'on appelle une touche.
Je tirais néanmoins, puisque je pêchais à la ligne.
Et presque à chaque fois, accroché par l'aisselle, par le ventre, où même, d'aventure, par le nez, je sortais un vairon de la Veudre

Pêche dérisoire, sans finesse et sans art, indigne de ma jeune expérience! Je regardais la menue bestiole et je n'avais point bonne conscience.
Mais peu à peu, mon admiration l'emportait. Admirables surtout les couleurs et leur harmonie.
Verts les uns, du vert le plus vif, le plus pur, d'un vert glauque ou bleuté les autres, ou frottés d'une ocre chaude qui ménage le passage à l'orange, au jaune doré, au vermillon flambant, des reins au ventre ils chatoient tout entiers, petits joyaux lisses et dodus, sans écailles que l'on puisse voir, sanglés le long des flancs de bandes sombres qui font contrastes, brunes ou noires, on ne sait pas, mais secrètement brûlantes à défier toute palette humaine."

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Published by Jean Paul - dans Né quelque part
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