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20 mai 2006 6 20 /05 /mai /2006 20:47

 

Passée la ferme Goutagny, le chemin descend doucement jusqu'au ruisseau. Des pommiers aux petits fruits acides qui bordaient le pré ne survivent que deux vieux arbres rongés par des bouquets de gui.

C'était le chemin des jeudis, qui nous conduisait, lance-pierres à la main, au bois de Cotassier et au bord de la Gimond. Mon frère et ses copains m'y emmenaient "aux" ecrevisses.  Il fallait fouiller sous les pierres et les racines où vivaient d'étranges créatures qui vous pinçaient le bout des doigts .Comme je n'aimais pas trop ça et que j'étais le plus petit, c'est moi qui faisait le guet. On craignait surtout les paysans du coin et leurs chiens.

On "pêchait" aussi quelques petits poissons .Un jour d'été et d'eau très basse, c'est un brocheton, sans doute évadé d'un étang en amont, qui a fait les frais de notre pêche. Avec ses 25 cm de long et sa gueule immense et tapissée d'innombrables dents, c'était un véritable monstre en comparaison de nos captures habituelles.

Dans le bois de Cotassier poussaient aussi des myrtilles. Il fallait éviter d'y aller  fin  juillet car on en revenait couvert de "parasites" qui vous démangeaient toute la nuit; c'était une nuit blanche assurée malgré les frictions au vinaigre (souverain pour tous les types de démangeaisons en ce temps là), n'est-ce-pas frangin? On appelait ça la gratte des bois.

Ces myrtilles cueillies une par une, sans feuilles, et rangées délicatement sur un lit de fougères, dans le panier à pêche paternel en osier, on les vendaient à nos fidèles clientes, quelques vieilles dames du quartier. L'unité de mesure était le bol qu'on choisissait pas trop grand, le prix quelques dizaines de centimes de francs, tarif inchangé au fil des ans. Les quelques francs ainsi récoltés étaient rapidement transformés en bonbons ( tubes de coco, nounours, souris en caramel dur, serpent en guimauve,coquilles à sucer ) achetés chez le grand Berne ou la mère Chevallier, les bureaux de tabac du quartier. Autre achat primordial, les caouchoucs carrés vendus au mètre, spécialité de la maison Malandain, nécessaires à la confection de nos lance-pierres,ces armes sans lesquelles on ne sortait jamais et qui ne servaient qu'à martyriser quelques lézards, à ébrécher les isolateurs des fils électriques et casser quelques vitres et ampoules de l'éclairage public.

Heureux temps, sans montre bracelet et sans portable où la journée était rythmée par la "corne" des usines de chapellerie. 8h, 12h, 14h, 18h, heures où les ouvriers chapeliers entraient et sortaient du travail. Même loin du village on avait toujours la "corne" pour nous rappeler qu'il était temps de rentrer montrer son nez à la maison, sinon...

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Published by Jean Paul - dans Né quelque part
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