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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 18:00
En retrait du chemin ou ne passaient plus que des ombres, la maison en ruines se tenait, comme honteuse dans son délabrement.
Le toit s'était effondré depuis longtemps sans doute, mais la poutre maîtresse et une panne intermédiaire, reliant ce qu'il subsistait des deux pignons, restaient encore à leur poste. D'autres poutres et des chevrons s'étaient abattus çà et là, parmi les pierres de taille et les moellons amoncelés en désordre.
Dérisoire, un volet pendait, encore accroché par un gond à l'encoignure d'une fenêtre. L'encadrement de la porte en ogive attestait de l'opulence passée de la demeure.
C'était sans doute au temps de sa splendeur, une bâtisse qui faisait s'écrier à ceux qui la découvraient : "Oh la jolie maison ! Comme ils doivent être heureux ceux qui vivent là."
Personne n'y vivait plus depuis longtemps, à en juger par la taille des arbres qui prospéraient entre les murs croulants.
La nature, patiente et têtue, avait repris ses droits. Un grand frêne régnait dans une espèce d'appentis accolé à la demeure.
Un sureau occupait tout le vestibule et les ronces et les clématites sauvages, s'enchevêtraient dans ce qui avait dû être la pièce principale..

Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines a justement remarqué Chateaubriand. Assis contre un pan de mur encore solide, à la douce chaleur d'un soleil de printemps, je cédais donc à l'étrange fascination qu'exerce sur nous le spectacle de ce qui retourne au néant.
Combien de gens, pendant combien de siècles, avaient vécu ici ? De scènes de bonheur, de quelles souffrances, de quels drames avaient ils été acteurs dans ces lieux ? Je m'attendais presque à voir, comme l'indien qui gardait prisonnier Chactas délivré par Atala, l'âme des ruines errer parmi ces blocs branlants.
Et tout à coup, je la vis, l'âme des ruines ! Elle s'extirpa sans hâte d'une faille entre deux pierres, déroula lentement ses anneaux que le soleil faisait briller comme un bijou. De ma place, je voyais nettement son nez retroussé, sa pupille fendue verticalement qui jetait vers moi un regard inquiétant.
Comme je restais aussi immobile qu'une statue, la vipère se désintéressa de ma personne, longea sans se presser la pierre du seuil et disparut sous une poutre abattue. Je me levai et en regardant où je mettais les pieds, m'éloignais, confus d'avoir troublé la quiétude du nouvel hôte de la demeure.


                          L'amà de li ruini.
In retrè de lou tsami vonte passèvion pru ke d'ombre, la maézou in ruini se tenioa, couma vérgouniouza dïin son dilabramin.
Lou couvar éra ifondra despéï lontin sin douta, mé la poutrà métrèssà é na panà intèrmédièrà, relian co ke subsistèvao de lu du piniou, restèvon inkèra a lur poste. D'aotri poutri é de tsèvru s'éron abatiu co é laï, intremi li paéri de tayà é lu moèlu amoncela in bazacle.
Dérijoire, én contravin pindiao, inkèra acrotsa par én gon a l'incoéniura de na fenètrà. L'incadramin de la puortà in ogivà atestèvao de l'opulinsà passadà de la demourà.
Couéra sin doute an lou tin de la splèndourà, na batissà cao faziao s'icredè a kelu k' ou dicouvrèvon : o la dzantïa maézou ! Couma devon ésse eurou kelu ke vieuvon atïe !
Degu n'i vieuvao pru despéï lontin, a in dzudzè par la tayà de lu z èrbri cao prospérèvon intre lu paré croulan.
La tsampalà, pachièntà é dzavornià, ayao tournaïo prindre su droé. Én gran franïe rénièvao dïin n'éspéssà d'apinti acolô a la demourà.
Én sayou eucupèvao tou lou vestibule é li ronci é li clématitè seuvadzi, s'intsevétrèvon dïin co k'ayao diu esse la pièssà princhipalà. Trétu lu z omi an én checrè atrè par li ruini a dzustamin aremarca Chateaubriand.
Asseta contre én pan de mur inkèra cheulide, a la doussà tsalourà d'én souléï de primà, cédèvao donc a l'itrandzà fachinachu k'éxersa soubre nouzotri lou spectacle de co ke retourna an lou néan.
Cante de monde, pindin cante de chièclïi ayon vékiu atï?
De sènà de bonour, de kini soufransè, de kine drami ayon ita actour dïin kelu lio?
M'apitève kèje a vir, couma l'indian cao gardèvao prijonié lou Chactas délivro par lou Atalas, l'amà de li ruini éra parmi kelu bloki branlan.
É tou par én cô, la vezeguè, l'amà de li ruini ! S'extirpeguè sin ata de na fayà intre douaé paéru, diroulè bélamin su aniô ke lou souléï faziao briyè couma de bidzou.
De ma plèassà, vezèvao nétamin son na retroussô, sa pupiyà findiuda verticalamin cao djitèvao vé ieu én regar inkiètan.
Couma restève euche imobile ke na setatiu, la vipèrà se dizintéréssè de ma parsounà, londzè sin se pressè la paérà dao séï é dispariuguè sou na poutrà abatiudà. Me louvèvao é in regardan vonte betave lu pé, m'éloiniève, confu d'avir troubla la kiètiudà de lou nouvél ôte de la demourà.



Yves Fougerousse

Quelques conseils de prononciation ici

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Published by Jean Paul - dans Patois Forézien
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commentaires

Rob 09/06/2009 19:28

Spectacle pour l'oeil avec cette aquarelle.

Et trés belle histoire